14 mars au 3 avril 2018

MISSION MALPELO 2018 – PACIFIQUE

Les scientifiques au chevet du Sanctuaire

Du 14 mars au 3 avril 2018, l’équipe des Explorations de Monaco a fait escale en Colombie, dans le sanctuaire de Malpelo.  Cette mission a mobilisé une vingtaine de scientifiques originaires d’Europe, de Colombie et d’autres pays d’Amérique du sud pour la poursuite ou la mise en œuvre de programmes d’identification, de suivi et de recensement de la biodiversité marine.

Trois types d’opérations menées sur place

L’étude des déplacements et du comportement reproducteur des requins par la pose de balises satellites ou acoustiques.

L’étude de la biodiversité profonde avec un engin sous-marin télécommandé (ROV) ECA H800.

Le recensement de la mégafaune à l’aide de deux techniques complémentaires : l’ADN environnemental et les caméras appâtées et longue durée.

L’île aux requins

Malpelo est un îlot volcanique de 3,5 km2 perdu en plein Pacifique tropical, à 360 km au sud du Panama et à 500 km des côtes colombiennes. Aire marine protégée depuis 1995, ce sanctuaire d’une superficie de 857 465 ha est connu pour ses énormes rassemblements de requins marteaux et requins soyeux. Du fait de sa position unique au milieu de l’océan, il abrite à terre et dans les eaux environnantes une vie foisonnante.

S.A.S. le Prince Albert II au côté des scientifiques

S.A.S. le Prince Souverain S’est rendu en visite officielle en Colombie, du 20 au 22 mars. Cette visite a donné lieu à la signature d’un accord renforçant en particulier le partenariat entre la Principauté de Monaco et la République de Colombie dans les domaines de la science, des océans et de l’environnement. A l’issue, S.A.S. le Prince Souverain est venu soutenir les travaux des scientifiques à Malpelo. Il a participé à plusieurs opérations, entretenant un dialogue enrichissant et approfondi avec les équipes concernées.

Ces écosystèmes marins, si on les laisse tranquille pendant quelques années, on voit qu’ils se régénèrent et qu’ils récupèrent très vite. D’où l’importance d’avoir le plus grand nombre d’Aires Marines Protégées possibles.

S.A.S. Albert II de Monaco, mars 2018.

Préparation des lignes pour la mise à l'eau des caméras appâtées. © O. Borde
Sandra Bessudo explique au Prince le fonctionnement de la pose des balises. © O. Borde
De gauche à droite : Fred Buyle, Sandra Bessudo, S.A.S le Prince Albert II, Pierre Frolla, Robert Calcagno. © O.Borde
En plongée lors des opérations de marquage des requins.© O.Borde
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Sandra Bessudo et la Fondation Malpelo et autres écosystèmes marins

Biologiste marine passionnée de plongée sous-marine, la Franco-colombienne Sandra Bessudo se consacre depuis 1987 à la protection de la faune exceptionnelle de Malpelo au niveau national et international. En 1999, elle a créé une fondation dédiée, la Fundación Malpelo y otros Ecosistemas Marinos. Sandra Bessudo a été ministre de l’environnement de Colombie, puis conseillère du Vice-Président colombien. pour l’Océan. En 2014, elle a reçu de l’Institut océanographique  Fondation Albert Ier, Prince de Monaco la Grande Médaille Albert Ier, section médiation. Au cours de la mission elle a supervisé les opérations scientifiques en plongée, notamment le marquage des requins.

La première fois que je suis arrivée ici, je suis tombée tout de suite amoureuse de cette île et comme j’ai vu aussi les problèmes qu’il y avait, beaucoup de pêche, c’est là que j’ai décidé qu’il fallait faire quelque chose pour protéger cet endroit.

Sandra Bessudo, mars 2018.

Le jour se lève sur Malpelo. © F. Buyle

Un site du Patrimoine mondial de l'humanité

En 2006, Malpelo a été classée au Patrimoine mondial de l’humanité, comme d’autres îlots et archipels situés dans la région océanique allant du golfe de Californie à l’Équateur ; Cabo Pulmo et les îles Revillagigedo au Mexique, l’Île Coco au Costa Rica, Coiba au Panama ou encore les Galapagos en Équateur. La valeur universelle de ces îles est exceptionnelle, en raison de leur biodiversité élevée et des écosystèmes marins uniques et irremplaçables qu’elles abritent.

Pêche illégale : une lutte permanente

Ce site naturel exceptionnel abrite un habitat d’une importance critique, dont un certain nombre d’espèces marines menacées au plan mondial par la surpêche, comme les requins. Son éloignement par rapport à la côte ne met pas le site à l’abri de la pêche illégale et intensive. Le vaste parc marin qui entoure Malpelo constitue la plus grande zone où la pêche est interdite dans le Pacifique tropical oriental. Mais ses eaux très poissonneuses attirent toujours de nombreuses convoitises, malgré la surveillance du site mise en place par le Gouvernement colombien.

Récupération d'une ligne de pêche dérivante au sein du sanctuaire. De gauche à droite : Robert Calcagno, S.A.S le Prince Albert II, Sandra Bessudo et Pierre Frolla. © O. Borde. Explorations de Monaco

Un réseau à l’œuvre

Dans le cadre des activités du réseau MigraMar, plus de 1000 requins ont été marqués depuis 2006 dans les différentes îles du corridor Pacifique tropical oriental, dont 150 à Malpelo. Au cours de cette mission, cinq femelles gestantes de requins marteaux ont été taguées. Le suivi par satellite confirme qu’elles migrent vers des zones de nurseries le long de la côte colombienne. Les informations partagées et recoupées entre les scientifiques du réseau MigraMar permettent de mieux cibler les actions de protection des requins et des autres animaux migrateurs.

Marquage des requins

Les déplacements des requins sont suivis par satellite ou par des méthodes acoustiques à l’aide de petites balises émettrices, appelées aussi tags, posées sur ces grands animaux en apnée. Pour cette opération, Sandra Bessudo a fait équipe avec deux champions renommés de la discipline, le Monégasque Pierre Frolla et le Belge Frédéric Buyle.

Ces deux apnéistes mettent aujourd’hui leurs compétences et leur savoir-faire au service des scientifiques. Tout est pris en compte au moment de l’approche et de la pose pour stresser le moins possible les grands requins. Certaines marques sont également posées en plongée bouteille par Sandra.

Le corridor marin du Pacifique tropical oriental

Animé par Sandra Bessudo, le groupement scientifique MigraMar étudie les déplacements des requins entre ces îles, dans ce qui est appelé le corridor marin du Pacifique tropical oriental. Le suivi des migrations de la mégafaune, requins mais aussi mammifères marins ou tortues, est primordial pour mieux connaître le comportement et les lieux de reproduction de ces espèces et donc mieux les protéger.

© Migramar

L’importance d’une action de protection globale

Les études menées depuis plusieurs années montrent toute l’importance d’une action globale. Les espèces migratrices ne connaissent pas les frontières. Il est donc de la toute première importance que les conditions de protection soient appliquées à des zones étendues. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie globale de l’Unesco, dont la vision consiste à reconnaître et à protéger des sites qui sont des havres exceptionnels de coexistence de l’être humain et de la nature. 

UN ROV pour explorer les grands fonds

Sous la supervision du Centre Scientifique de Monaco un robot sous-marin, ROV H800, a été utilisé pour explorer et recenser à Malpelo la faune benthique des grandes profondeurs, fixée sur le fond, une vie jusque-là peu étudiée et dont l’observation  révèle de nombreuses espèces nouvelles. Equipé de caméras enregistreuses et d’un bras de prélèvement, il peut descendre jusqu’à 1000 mètres de profondeur. 

Révéler la biodiversité cachée…

Telle une empreinte digitale, l’ADN révèle la présence des espèces. Les caméras appâtées ou longue durée la confirme, mais on trouve aussi des espèces non référencées, des espèces nouvelles qui restent invisibles devant l’œil des caméras…. Les espèces actuellement connues et recensées de Malpelo ne sont qu’une petite partie de la vie sous-marine présente sur le site. Une véritable enquête policière est en cours dans tous les océans du monde pour recenser, grâce à cette technique et à d’autre outils complémentaires, la biodiversité.

L'ADN environnemental: recenser la mégafaune des océans

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Grâce aux traces d’ADN présentes dans l’eau, nous pouvons traquer la partie invisible de la biodiversité pour toutes les espèces, allant du microscopique jusqu’à la mégafaune. Sur les sites très isolés de l’homme, tels que Malpelo en Colombie, les Galapagos ou les îles éparses de l’Océan Indien, nous allons pouvoir mesurer enfin la richesse de cette faune et donc de ces écosystèmes. Toutes les espèces, même les plus furtives, laissent une trace d’ADN que l’on peut prélever jusqu’à 24 heures au moins après leur passage…

 

David Mouillot, octobre 2018.

Caméras appâtées

Ces caméras équipées d’appâts pour attirer les animaux sont immergées dans la colonne d’eau à différentes profondeurs et jusqu’au fond. La mission Malpelo a été l’occasion de tester et d’optimiser ces techniques d’identification de la faune sous-marine. Tout comme l’ADN environnemental, elles ont l’avantage de ne pas être invasives ni sources de stress pour les animaux, notamment dans des zones comme Malpelo où la faune est très peu en contact avec l’homme.

Les caméras enregistreuses longue durée

L’équipe du Professeur David Mouillot de l’Université de Montpellier, directeur de recherche de l’unité mixte MARBEC, a également expérimenté la mise en place de caméras pouvant enregistrer des images en continu pendant 36 heures. Ce dispositif favorise l’identification et le recensement d’animaux qui fuient la présence des plongeurs. Toutes ces images permettent de croiser les résultats obtenus avec la technique de l’ADN environnemental.

Installation par les plongeurs d'un dispositif d'enregistrement longue durée sur le fond. © Fred Buyle. Explorations de Monaco
25 mars 2019. Inauguration de l'exposition Malpelo au Musée océanographique. S.A.S. le Prince Albert II visite en compagnie de Mme Sandra Bessudo. © Michel Dagnino. Musée océanographique de Monaco

Une exposition et deux films VR

La mission à Malpelo a donné lieu à la réalisation d’une exposition photographique qui est à disposition pour itinérance. Elle fut inaugurée pendant la Monaco Ocean Week le 25 mars 2019 au Musée océanographique de Monaco. Deux films 360°, intitulés l’île aux requins et Enquête en eaux troubles, relatent les opérations menées sur les requins et sur l’ADN environnemental. Ces réalisations sont régulièrement utilisées lors d’ateliers scolaires et présentés aux visiteurs du Musée.

 

Localisation

La mission jour après jour: le blog (page à venir)

Galerie photos

Île de Malpelo. © O. Borde. Explorations de Monaco
Sandra Bessudo photographie un banc de barracudas. © O.Borde. Explorations de Monaco
Banc de barracudas. © O.Borde. Explorations de Monaco
Grands requins marteaux. © O. Borde. Explorations de Monaco
Raie aigle, Aetobatus, narinari. © O.Borde. Explorations de Monaco
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